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TÉLÉVISION ET PRISON Intervention de Caroline Caccavale |
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Le réalisateur et comédien Renaud Victor a dit : « les gens n’imaginent pas ce qu’ils sont capables de faire et d’être, et le cinéma peut les révéler ». Bien évidemment, cette question de la révélation est une révélation aux autres, mais aussi à soi-même. J’ai mis du temps pour traverser l’expérience de cette phrase. Quand on fait un travail de l’image en prison, on travaille sur trois niveaux. Le premier est celui de la personne incarcérée, avec qui l’on va partager un temps de travail sur l’image qui va lui permettre de reconstruire une image d’elle-même et de pouvoir se représenter d’autres images du monde extérieur. Le deuxième niveau est celui de l’institution dans laquelle on va bouger, travailler et dans laquelle est la personne détenue. Ce cadre pose un certain nombre de questions. Toutes les personnes participantes vont devoir se parler et trouver un langage commun. Je pense que la personne qui participe de façon très profonde à une expérience artistique quelle qu’elle soit, cinématographique, théâtrale ou autre, va avoir quelque chose qui va bouger en elle, parce que l’art ouvre des possibilités et que la personne se déplace dans ces possibles. Comment va-t-elle alors raconter cette expérience sans passer pour un halluciné ou un menteur et trouver les mots justes pour parler de cela ? Je n’ai pas de réponse mais c’est une question que je voulais partager et non pas garder pour moi. Le troisième niveau est celui de la communauté, de l’extérieur. Ce processus se joue aussi pour le dehors. La personne détenue doit pouvoir ouvrir son esprit, ré-envisager le monde, se ré-envisager. Dans cet enjeu-là, il y a aussi la possibilité pour la société de se regarder différemment. Pour moi ces trois niveaux sont complémentaires et se mélangent. Un travail de programmation est toujours lié à un travail de voir, de faire et de montrer des films. Notre expérience se résume en trois étapes : Une première partie thématique : amener des films, les montrer au groupe, leur permettre de commencer à réfléchir sur ces films, de se situer par rapport à ces films et de faire une sélection en proposant une rencontre avec un réalisateur, un programmateur, un critique… Ces échanges étaient ensuite retranscrits et donnaient lieu à une diffusion à l’intérieur de la détention, parce que la question de la programmation est aussi celle de la transmission. Une autre étape de travail a été la collaboration avec des festivals, dont le Festival des Instants Vidéo et le Festival international du documentaire (FID) de Marseille. Profiter donc d’un événement dans la ville pour associer le groupe de travail, travailler à partir de la programmation du festival et avec les réalisateurs qui étaient présents. Aujourd’hui nous entamons une nouvelle période, plus proche du travail d’Anne Toussaint, où le choix est à la fois de diffuser le film choisi à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. Je pense qu’il est important de ne pas enfermer le travail car la communauté à laquelle on s’adresse dépasse la communauté carcérale. Cela veut dire que le projet que nous menons travaille aussi le contexte du dehors et que nous devons être des passeurs entre l’extérieur et l’intérieur, c’est notre tâche. |
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©KYRNÉA International - Passeurs d'images - mai 2008 - www.passeursdimages.fr |