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5e Rencontres nationales Passeurs d’Images
LA PLACE DE L'IMAGE EN MILIEU PÉNITENCIAIRE
Cité européenne des Récollets, 19 décembre 2007

TÉLÉVISION ET PRISON

Ateliers de programmation en prison : Comment concevoir une programmation avec des personnes détenues ? Pour un canal interne ? Pour un atelier ?

Programmation et évasion - Débat suite aux différentes interventions

Prise da parole de Jacques Boëls, Caroline Caccavale, Anne Toussaint, Jean-Marc Génuite

Introduction :

Anne Toussaint


Débat :

Marie-José Mondzain, Anne Toussaint, Marie-Pierre Duhamel-Muller


Marie-José Mondzain


Débat :

Jacques Boëls, Marie-Pierre Duhamel-Muller, Colombe Babinet, Caroline Caccavale, Anne Toussaint


Camille Dauvin


Antoine Poezevara


Jean-Marc Génuite


Marcelle Thil,
Regina de Almeida


Marc Le Piouff


Caroline Caccavale


Débat :

Jacques Boëls, Caroline Caccavale, Anne Toussaint, Jean-Marc Génuite


Kamel Regaya

Jacques Boëls : Comment concevoir une programmation en milieu carcéral ? D’abord je pense que c’est en se situant dans les coulisses, la place où nous sommes aujourd’hui. Depuis cette place, je crois qu’il faut travailler sur les dimensions du réel et du symbolique, qui prennent beaucoup de place dans la construction d’une personne, mais aussi lors de son passage en prison. Je pars du postulat qu’un être social, vous et moi, avons été construits au travers d’un certain nombre d’évènements positifs, des actes d’initiation, qui permettent d’instituer un être social, qui fait de lui un être capable de différer le passage à l’acte, et qui ne le réduit pas au passage à l’acte. Mais, il y a aussi des êtres qui n’ont pas pu rencontrer les initiateurs ou dont les initiateurs ont été défaillants ou dont les rituels d’initiations sont mal construits, ils deviennent alors des êtres du passage à l’acte et se retrouvent en prison. Cet individu mal initié entre en prison, symboliquement dans un lieu de contre initiation, un lieu de ténèbres totales où il est dégradé. Cette dégradation symbolique et réelle se continue dans la relation avec les co-détenus.
Quand on va construire en prison un projet cinématographique qui va pouvoir ré instituer l’être social, pour lui permettre de fabriquer un contenant psychique qui va éviter le passage à l’acte, il va falloir le ré initier à un certain nombre de choses. Pour cela, il faut que ses interlocuteurs possèdent de la légitimité. Les personnels pénitentiaires dans leur double identité, répression et réinsertion, n’ont pas cette légitimité aux yeux de la population pénale. Les personnes extérieures, culturelles ou par exemple médicales sont, elles, reconnues, légitimes. La légitimité des gens qui viennent travailler sur l’image dans les prisons, au plus près des détenus, est capitale et fondamentale pour participer à la ré institution des êtres dans le contexte social.

Question dans la salle :
Je souhaiterais savoir quelle était la place de l’évasion, par rapport à l’image et au cinéma ?

Caroline Caccavale : En premier lieu, il faudrait réfléchir sur ce que sont l’évasion, la liberté et l’enfermement. Je dirais que c’est une évasion car les images sont fabriquées dedans et qu’elles passent de l’autre côté du mur. Mais, elles ne s’évadent pas car elles passent de manière très officielle. Je me méfie beaucoup de cette pensée-là. Il me semble que c’est beaucoup plus complexe que de dire rapidement « cela les fait s’évader », ou que de dire qu’ils oublient la prison. Je parlerais plutôt de relation à soi et aux autres et de comment les personnes détenues se pensent et nous pensent.

Anne Toussaint : Souvent dans le cadre d’atelier, les personnes détenues parlent d’évasion. Je crois que c’est surtout lié à la question du réel, du symbolique et à la mise en mouvement. À un moment donné, un mouvement se crée, lié à un processus de travail, à une démarche. Ce qui est sollicité lors de l’atelier, c’est la capacité de la personne à penser et à se projeter dans un ailleurs. On peut donc parler d’un ailleurs réel ou symbolique.

Caroline Caccavale : C’est aussi un ailleurs qui pourrait exister de la même manière si les personnes étaient à l’extérieur.

Jean-Marc Génuite : Dans le cas particulier des détenus, l’ailleurs que vous évoquez se confond avec le hors champ qu’est devenu pour eux l’espace de la communauté dont ils ont été rejetés. Je pense que les ateliers, par l’intermédiaire du cinéma, sans fantasmer sur leur impact, permettent aux détenus de retrouver un contact avec cet espace-là, celui de la communauté.

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©KYRNÉA International - Passeurs d'images - mai 2008 - www.passeursdimages.fr