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TÉLÉVISION ET PRISON Programmation et évasion - Débat suite aux différentes interventions Prise da parole de Jacques Boëls, Caroline Caccavale, Anne Toussaint, Jean-Marc Génuite |
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Jacques Boëls : Comment concevoir une programmation en milieu carcéral ? D’abord je pense que c’est en se situant dans les coulisses, la place où nous sommes aujourd’hui. Depuis cette place, je crois qu’il faut travailler sur les dimensions du réel et du symbolique, qui prennent beaucoup de place dans la construction d’une personne, mais aussi lors de son passage en prison. Je pars du postulat qu’un être social, vous et moi, avons été construits au travers d’un certain nombre d’évènements positifs, des actes d’initiation, qui permettent d’instituer un être social, qui fait de lui un être capable de différer le passage à l’acte, et qui ne le réduit pas au passage à l’acte. Mais, il y a aussi des êtres qui n’ont pas pu rencontrer les initiateurs ou dont les initiateurs ont été défaillants ou dont les rituels d’initiations sont mal construits, ils deviennent alors des êtres du passage à l’acte et se retrouvent en prison. Cet individu mal initié entre en prison, symboliquement dans un lieu de contre initiation, un lieu de ténèbres totales où il est dégradé. Cette dégradation symbolique et réelle se continue dans la relation avec les co-détenus. Question dans la salle : Caroline Caccavale : En premier lieu, il faudrait réfléchir sur ce que sont l’évasion, la liberté et l’enfermement. Je dirais que c’est une évasion car les images sont fabriquées dedans et qu’elles passent de l’autre côté du mur. Mais, elles ne s’évadent pas car elles passent de manière très officielle. Je me méfie beaucoup de cette pensée-là. Il me semble que c’est beaucoup plus complexe que de dire rapidement « cela les fait s’évader », ou que de dire qu’ils oublient la prison. Je parlerais plutôt de relation à soi et aux autres et de comment les personnes détenues se pensent et nous pensent. Anne Toussaint : Souvent dans le cadre d’atelier, les personnes détenues parlent d’évasion. Je crois que c’est surtout lié à la question du réel, du symbolique et à la mise en mouvement. À un moment donné, un mouvement se crée, lié à un processus de travail, à une démarche. Ce qui est sollicité lors de l’atelier, c’est la capacité de la personne à penser et à se projeter dans un ailleurs. On peut donc parler d’un ailleurs réel ou symbolique. Caroline Caccavale : C’est aussi un ailleurs qui pourrait exister de la même manière si les personnes étaient à l’extérieur. Jean-Marc Génuite : Dans le cas particulier des détenus, l’ailleurs que vous évoquez se confond avec le hors champ qu’est devenu pour eux l’espace de la communauté dont ils ont été rejetés. Je pense que les ateliers, par l’intermédiaire du cinéma, sans fantasmer sur leur impact, permettent aux détenus de retrouver un contact avec cet espace-là, celui de la communauté. |
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