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TÉLÉVISION ET PRISON Intervention de Jean-Marc Génuite Conseiller d’éducation à l’image à Kyrnéa International. |
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Dans L’homme ordinaire du cinéma Jean-Louis Schéfer nous rappelle que : « le cinéma est (donc) aussi et de prime abord, pour le spectateur, tout autre chose que ce que les analyses de film en reflètent. Le sens qui vient à nous (…), cette qualité très particulière de signification rendue sensible est irrémédiablement liée aux conditions de notre vision. » Dans un premier temps, je voudrais juste rappeler les conditions de la détention. En détention, le détenu entretient avec le « présent » et l’actualité du monde « extérieur » à la prison un rapport qui ne peut être que de « médiation médiatique » (expression empruntée à Eric Macé, sociologue des médias). L’écho du « dehors » lui parvient essentiellement par le biais de cette interface médiatique qu’est la télévision. Incontournable de la vie carcérale, elle s’impose comme un véritable marqueur de sa temporalité et les programmes télévisuels rythment tout autant le quotidien d’une journée, que l’heure des repas ou de la promenade. « Placé » à la marge du corps même de la communauté sociale, qui semble évoluer sans lui, le détenu n’est plus considéré comme l’un de ses acteurs et se retrouve « assigné » à la position de spectateur. On s’interrogera sur le rôle tenu par les ateliers de programmation qui développent leurs actions audiovisuelles au sein d’un cadre de vie aussi contraignant, sur les principes qui les animent et le type de relations que les acteurs culturels souhaitent instaurer de part et d'autre de la rencontre pédagogique et artistique. Quelles formes prennent ces ateliers ? Quels en sont les enjeux culturels, sociaux et humains ? Quels types de rapports aux images inaugurent-ils ? Ces ateliers inventent-ils des situations qui ouvrent aux détenus les voix d’une résistance à leur propre « condition » ? Y considère t-on le spectateur détenu, comme doté d’un statut spécifique qui découlerait de ses conditions de détention ? Quelles que soient leurs formes, les projets pédagogiques et culturels menés dans ces ateliers par des associations ne sont-ils pas soutenus par un type d’engagement proche de celui qui anima un cinéaste comme Chris Marker lorsqu’il initia le travail documentaire des groupes Medvedkine à la fin des années 60 ? Évidemment, il s’agissait dans ce cas-là d’ouvriers en grève. Ici, nous parlons de personnes détenues. Mais, j’évoque un espace de conviction, cette manière de ne pas parler à la place des gens mais d’instaurer une relation non pas didactique mais dialectique. Ces ateliers ne forment-ils pas autant d’espaces de rencontres entre professionnels du cinéma et détenus où s’inventent dans une confrontation des points de vue des formes multiples qui encouragent les détenus à redéfinir un espace de perception qui leur soit propre et à (re)devenir les acteursproducteurs de leurs propres représentations ? Voilà une autre des violences que me semble faite aux prisonniers, c’est que les espaces et les moments où ils peuvent produire leurs propres représentations me semblent réduits. Dans ce cadre-là, les ateliers de programmation peuvent jouer un rôle très important. Au cœur de ces ateliers, le cinéma s’impose comme une « promesse de communauté » (expression empruntée à Kant). Les films ouvrent les « portes de la perception » sur des imaginaires qui participent à « nous » construire individuellement tout autant que collectivement. Ils apparaissent comme des objets sociaux traversés de tensions, des territoires animés par des rapports de forces et informés de mouvements identitaires. Autrement dit, ils s’offrent comme autant de scènes où se jouent les multiples formes de l'altérité sociale. En projetant leurs regards critiques, leurs sensibilités au cœur de ces propositions de monde, les détenus spectateurs confrontent leurs identités (leur image de soi) forcément fragilisées par le contexte de la détention à diverses représentations de l’autre du « dehors ». |
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