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TÉLÉVISION ET PRISON Introduction par Anne Toussaint de la journée de réflexion |
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Partant du principe que la prison correspond bien évidemment à une situation particulière, en quoi nous interroge-t- elle aussi sur l’image, la télévision et le cinéma en globalité ? Avec l’association Les Yeux de L’Ouïe, depuis une quinzaine d’années, en prison, nous avons toujours eu le souci de placer notre réflexion autour de questions beaucoup plus générales : qu’est-ce qu’une image ? Qu’est-ce qu’un visuel ? Comment, dans ce lieu-là, qui fait partie de la société et qui tend à être de plus en plus invisible, peut-on travailler et articuler le visible et l’invisible ? C’est notre première préoccupation de travail au sein même de la prison. Nous avons convié Marie-José Mondzain et Marie-Pierre Duhamel-Muller pour introduire cette journée qui est particulière mais qui s’inscrit aussi dans une histoire, et notamment celle de l’introduction de l’image et de la télévision à l’intérieur des prisons. À partir de 1985, le Garde des sceaux Robert Badinter, fait entrer la télévision pour la première fois dans les cellules pour les personnes détenues. Elle existait déjà dans le cadre de salles collectives. Parallèlement à cette introduction, la réflexion et la mise en place de programmes culturels, notamment dans les domaines du cinéma et de l’audiovisuel, a été initiée par la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP), sous la houlette à l’époque de Thierry Dumanoir. Tout cela a donné lieu à des protocoles d’accord entre le Ministère de la Justice et le Ministère de la Culture. Depuis plus d’une vingtaine d’année, j’ai suivi ce parcours-là aussi, et, bien sûr, je me suis rendu compte que tout ce qui se passait à l’intérieur même des prisons était en relation avec l’ensemble de notre société. C’est ce qui m’interroge dans la question de la place du cinéma ; Quelles sont les images que l’on fabrique aujourd’hui ? Que produisent-elles ? Quel spectateur construit-on dans nos films ? Quelle est la place des auteurs ? C’est tout cela qu’il semble intéressant de questionner. Nous pouvons nous inspirer des réflexions de Serge Daney, pour qui, dans l’image, il existe la trace « d’un autre ». Mais il existe aussi « la fascination » : Le fascinum. Pour Guy Casadamond, « ce qui a pour effet d’arrêter le mouvement et littéralement de tuer la vie. La souffrance attire l’image, l’image attise la souffrance, les situations dramatiques sont cinématographiques, la prison est photogénique. Arrêt sur image, plan fixe, photomaton, l’image opère objectivement des fixations fantasmatiques. On le voit, notre réserve à l’endroit de l’image, des images et de l’imaginaire, sur son versant agonistique, voire amoureux, loin de la complaisance, de la complicité, voire du complot, loin des délices du duel ou du duo, complice en prison et en nous, fait que les choses s’envisagent plutôt qu’elles ne défigurent ». Cette journée de réflexion démarrera à partir de la diffusion d’un extrait d’une expérience qui s’est déroulée en 1996, à la prison de la Santé, avec Alain Moreau, créateur de l’association Fenêtre sur cour. Je ne souhaite pas lui « dédier » cette journée, car je ne veux pas faire de la commémoration, mais Alain Moreau est quelqu’un qui a initié une véritable démarche à l’intérieur de la prison, par rapport à l’image. Il est décédé cette année, en 2007. C’est quelqu’un qui a beaucoup construit ma propre réflexion, c’est pourquoi je souhaitais le mentionner aujourd’hui. |
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©KYRNÉA International - Passeurs d'images - mai 2008 - www.passeursdimages.fr |