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5e Rencontres nationales Passeurs d’Images
LA PLACE DE L'IMAGE EN MILIEU PÉNITENCIAIRE
Cité européenne des Récollets, 19 décembre 2007

TÉLÉVISION ET PRISON

Ateliers de programmation en prison :
Comment concevoir une programmation avec des personnes détenues ? Pour un canal interne ? Pour un atelier ?

Intervention d’Antoine Poezevara
Conseiller d’insertion et de probation, référent culturel du SPIP de Tulle,
représentant de la Direction de l’administration pénitentiaire.

Introduction :

Anne Toussaint


Débat :

Marie-José Mondzain, Anne Toussaint, Marie-Pierre Duhamel-Muller


Marie-José Mondzain


Débat :

Jacques Boëls, Marie-Pierre Duhamel-Muller, Colombe Babinet, Caroline Caccavale, Anne Toussaint


Camille Dauvin


Antoine Poezevara


Jean-Marc Génuite


Marcelle Thil,
Regina de Almeida


Marc Le Piouff


Caroline Caccavale


Débat :

Jacques Boëls, Caroline Caccavale, Anne Toussaint, Jean-Marc Génuite


Kamel Regaya

Le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) est un service public qui appartient à la Direction de l’administration pénitentiaire. Il en existe un par département. Il est composé de travailleurs sociaux qui sont, soit des conseillers d’insertion et de probation, soit des assistantes sociales. Il est aussi composé de chefs de service et d’un directeur par département, sans oublier les directeurs d’insertion et de probation. Les SPIP sont chargés de l’exécution des sanctions pénales, sous le contrôle du juge d’application des peines (JAP), qui peuvent être des mesures de privation de liberté ou des mesures alternatives à l’incarcération. Pour ces dernières, il y a différents types de sanctions possibles. Les plus courantes sont des peines de sursis avec mise à l’épreuve, le plus souvent des obligations de soins, de prise en charge médicale ou d’indemnisation des victimes, une obligation d’exercer une activité professionnelle, une formation ou encore l’obligation d’effectuer un stage de citoyenneté.
À l’heure actuelle, la grande majorité des personnes suivies par les SPIP ne sont pas incarcérées et ont des mesures alternatives à l’incarcération. Sur les 200 000 personnes dites « sous main de justice » en France, les deux tiers ne sont pas incarcérées.

Sur la question de la place de l’image en milieu pénitentiaire, les SPIP ont pour mission de favoriser l’accès à la culture et de développer des actions culturelles dans les établissements pénitentiaires. Le SPIP pilote donc ces actions en partenariat avec des opérateurs culturels et le concours inévitable des autres personnels de l’administration pénitentiaire en établissement, c’est-à-dire la direction de l’établissement et les personnes de surveillance.
Je vais évoquer le cas de la maison d’arrêt de Tulle en Corrèze. C’est une maison d’arrêt de quarante neuf places théoriques avec actuellement cent personnes détenues, donc un taux d’occupation de deux cent pour cent. Les personnes détenues sont pour la plupart trois ou quatre par cellule. Certaines personnes détenues doivent être incarcérées seules par ordre de justice et le directeur ne peut pas refuser d’admission. Cette surpopulation entraîne des situations très précaires de détention à quatre ou cinq dans neuf mètres carré. Une cellule se présente avec deux lits superposés, un matelas au milieu et une télévision. Dans cette maison d’arrêt, il y a très peu de travail à proposer aux détenus. Ce sont des éléments qu’il faut avoir en tête car la souffrance en prison se concrétise aussi matériellement par l’espace extrêmement restreint, une promiscuité vingt deux heures sur vingt quatre, et le fait d’être enfermé avec des personnes que l’on ne connaît pas avant l’incarcération, qui n’ont pas le même parcours, ne sont pas condamnées pour les mêmes types d’infractions ou même qui ne sont pas encore condamnées.

À Tulle, en 2005, il n’existait qu’une seule activité culturelle à la maison d’arrêt : la bibliothèque, fréquentée par 60% des personnes détenues. Suite à la rencontre avec un visiteur de prison de l’association Peuple et Culture (une association qui intervient sur la Corrèze autour du cinéma documentaire), nous avons eu l’envie d’organiser d’autres activités culturelles en prison. Cette envie est née de la conviction que la culture peut avoir un rôle dans la réinsertion de la personne et dans la prévention de la récidive, ce qui doit guider la mission des SPIP. Comme le disait le détenu dans l’extrait du documentaire d’Alain Moreau (le dossier Télé/prison), la prison est aussi un moment de retour sur soi et d’analyse de son parcours. Dans la maison d’arrêt de Tulle, la majorité des détenus sont des gens du département qui, s’ils n’ont pas déjà été incarcérés une ou plusieurs fois, le seront malheureusement. Il y a beaucoup de petites peines de deux ou trois mois pour des infractions qui ne sont pas d’une gravité extrême. C’est une population qui est amenée très souvent à revenir à la maison d’arrêt.

Nous sommes allés voir les personnes détenues pour leur exprimer notre idée de projeter des films différents de l’offre proposée sur TF1. Pour faire une parenthèse sur la télévision en milieu pénitentiaire, les détenus ont accès au câble en prison avec des chaînes documentaires, mais ils ne regardent que TF1 toute la journée. En cellule, la télévision est allumée en permanence. C’est une des premières choses faite le matin, c’est avant tout un fond sonore. En discutant avec les détenus sur les programmes qu’ils regardent à la télévision, nous nous sommes aperçus qu’ils ne regardaient quasiment pas de films, mais beaucoup de séries américaines, qualifiées selon eux « d’abrutissantes ». En discutant avec eux nous sommes arrivés à une idée de film pour la première projection : Supersize me de Morgan Spurlock, USA, 2004. Nous avons commencé, avec les gens de Peuple et Culture, par une projection dans une salle qui n’était pas une véritable salle polyvalente mais trois cellules abattues et aménagées en salle, un espace donc très petit avec un écran et un projecteur. Il y avait douze détenus lors de la première projection, dans les limites de nos capacités aussi bien en terme de salle que de sécurité. Le film a plu, le débat a été riche et porteur de sens, un déclic s’est produit et nous sommes partis sur la base d’une projection une fois par mois. Plusieurs questions se sont alors posées : celles du choix des films et de la mise en place d’un système de choix avec les détenus le plus démocratique possible. Nous mettons en place un cahier de vœux dans la bibliothèque. Puis, de séance en séance, nous leur avons proposé de construire une programmation en fonction des thématiques abordées lors des débats. Nous avons également intégré la bibliothèque au projet en demandant un appui écrit pour anticiper les débats futurs. Par exemple, nous avons comme projet de projeter un film sur les évènements de la guerre 39-45 à Tulle avec mise à disposition d’ouvrages sur ce thème à la bibliothèque. Ce thème aura pour but d’effectuer un travail sur la mémoire, d’inscrire les histoires individuelles, les connaissances de chacun dans une histoire plus large, collective, sociale, une histoire et une mémoire du territoire. Nous créons les conditions d’un débat permettant aux détenus de s’informer, puis de réinvestir et de faire partager leurs connaissances.
À travers les projections organisées, nous nous sommes questionnés sur ce constat que la majorité de la population de la maison d’arrêt de Tulle n’a jamais eu accès ou très rarement à un cinéma ou à une bibliothèque. L’écrit et l’image sont donc peu connus. De plus, cette population est fortement illettrée, ce qui nous a interrogé sur le poids de la culture orale et la transmission des connaissances par les histoires, l’histoire sociale, l’histoire vécue. Cette expérience mensuelle à la maison d’arrêt a donc cassé cette exclusion du savoir et des connaissances. Nous leur avons dit de prendre conscience de leurs capacités et de ne pas intégrer l’image qu’on leur renvoie d’eux-mêmes, en prenant conscience de ce qu’ils sont en tant qu’individu, de leur parcours, de leur valeur. La dévalorisation est ce qu’il y a de pire. La mise en détention et l’enfermement ont une très forte capacité à détruire la confiance en soi et l’estime de soi. Après un an d’expérience plutôt positive, nous avons obtenu du directeur de la prison l’aménagement par les détenus eux-mêmes de leur salle, à travers une formation professionnelle peinture. Le SPIP souhaite acheter des photos de cinéma. Nous avons été en capacité de construire une activité porteuse de sens avec les détenus et sur le long terme nous espérons en voir les effets.

Nous réfléchissons au niveau de l’Administration pénitentiaire à comment un travail autour de la culture et de la mémoire individuelle et collective peut aider les personnes incarcérées à ne plus se retrouver dans des situations où la seule issue possible est le recours à la violence ou à la délinquance. Notre but étant que les personnes détenues soient en capacité de comprendre que leur parcours de délinquance peut se stopper, qu’elles se responsabilisent, qu’elles comprennent qu’elles sont actrices de leur propre vie, actrices d’une histoire sociale et qu’il n’y a pas de fatalité.

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