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TÉLÉVISION ET PRISON Regards croisés sur les actions à la Maison d’arrêt de Strasbourg Intervention de Marcelle Thil |
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Marcelle Thil : En tant que Chef de service d’insertion et de probation, j’ai sous ma responsabilité l’équipe des travailleurs sociaux de la maison d’arrêt de Strasbourg. Je voudrais rappeler que l’administration pénitentiaire place depuis les années 90 la personne incarcérée au cœur du système. Nous sommes donc dans la considération de la personne et du sujet. Ma mission est de mettre en place des outils avec une équipe pour que nous restions face à un sujet qui à un moment donné est passé à l’acte. Après ce passage à l’acte, il se trouve dans un lieu qui doit lui permettre de se questionner et, peut-être, de se transformer pour faire d’autres choix. La maison d’arrêt de Strasbourg est un établissement avec une capacité de sept cents personnes incarcérées et une ampleur importante de propositions professionnelles et culturelles. À mon arrivée, je me posais la question de la communication de ces propositions aux personnes incarcérées. J’ai donc commencé à interroger les différents professionnels ainsi que les personnes incarcérées. J’en suis arrivée à étudier l’option du canal interne, qui existait quelques années auparavant et fonctionnait avec des professionnels. Il permettait de faire circuler l’information, de la diffuser, de transmettre et de parler de programmation. Je me suis donc tournée vers ma hiérarchie en proposant de faire revivre ce canal interne, voyant la nécessité d’un moyen de communication. En effet, si nous ne communiquions pas, nous ne pouvions pas sensibiliser les personnes incarcérées et le personnel sur ce qui se passe, nous risquions de tuer le sujet avant de le voir naître. Le canal interne avait donc existé, périclité et laissé finalement un souvenir assez négatif dans cet établissement. La question de le relancer posait la question de cet outil de communication, à partir de quand et comment cet outil allait permettre à la personne incarcérée de pouvoir être sujet ? De se questionner ? D’avoir un outil qui lui permette de se centrer sur sa propre histoire ? Mais aussi de devenir acteur, de s’approprier cet outil afin que le travail de l’image rencontre le travail de l’image de soi. Lors d’un événement à Paris, le directeur départemental de nos services a rencontré la cinéaste Regina de Almeida, et s’est intéressé à des expériences menées dans d’autres établissements, comme celle d’Anne Toussaint. Il est important de dire aussi qu’au-delà des missions qui nous sont confiées, nous sommes toujours dans l’histoire d’une rencontre. Nous nous sommes donc rencontrées avec Regina de Almeida pour essayer de percevoir quelle pouvait être la commande du service pénitentiaire d’insertion et de probation. Comment cet outil de communication et l’image pouvaient avoir un rôle dans la réinsertion de la personne ? Nous avons ensuite réuni professionnels et partenaires pour les sensibiliser à cette question. Il en est ressorti qu’il fallait sensibiliser les acteurs sur le regard qu’ils avaient sur les choses. Le projet que nous avons imaginé sur Strasbourg était de mettre en place un atelier audiovisuel avec pour premier objectif de permettre aux personnes incarcérées de travailler sur l’image, de créer un groupe et d’imaginer, à partir de ce travail sur l’image, une programmation, proposée ensuite au sein de l’établissement. Le professionnel de l’image travaille sur l’image par la lecture de celle-ci. Ensuite par la transmission de cet apprentissage, il peut initier des débats et des étapes, la première étant la mise en place de l’atelier audiovisuel qui doit permettre l’initiation du fonctionnement du canal interne et l’appropriation de celui-ci par les détenus. Cet atelier part d’une rencontre, du souhait et de la volonté de l’administration pénitentiaire d’aller chercher dans les domaines de la culture des professionnels qui acceptent de franchir les murs et de travailler dans un endroit confiné qui pose de nombreuses contraintes. Parmi ces contraintes, il y a notamment celle de travailler à vue. Utiliser le savoir-faire de quelqu’un, d’un professionnel de la Culture, c’est aussi l’accompagner dans sa démarche. Là où l’administration pénitentiaire a un rôle à jouer, c’est qu’elle doit accompagner ces professionnels qui acceptent ces contraintes. Personne n’a l’ensemble des données, la première est l’administration pénitentiaire, la seconde est la rencontre avec un professionnel de l’image et la troisième donne est juridique. Elle va permettre au professionnel de l’image de rentrer dans la prison, d’être rémunéré, d’être considéré comme un salarié. Sur Strasbourg, le projet est donc né en 2007, il faut du temps pour créer un groupe, pour que l’atelier s’installe et existe aux yeux de tous, pour que le projet se développe. Il me semble que tout projet qui se met en place dans la prison nécessite une communication simple et permanente entre tous les acteurs de terrain. Avec beaucoup de rigueur, l’intervenant doit être en capacité de laisser des traces de son travail, les détenus une trace de leur histoire, l’ensemble de l’établissement une trace d’un travail d’évolution et une vision du lendemain. Très rapidement, notre intervenante a eu la capacité d’inscrire les choses et de les communiquer. Au terme de cette année 2007, le bilan laisse donc apparaître la mise en place et le fonctionnement de l’atelier avec une capacité d’accueil d’une dizaine de personnes. L’objectif 2008 est d’aller vers la mise en route du canal interne, vers la programmation et ensuite la réalisation. Regina de Almeida : Mon travail à la maison d’arrêt de Strasbourg répond à une commande de départ qui était celle de réhabiliter le canal interne. J’avais proposé que l’on commence à travailler sur l’analyse d’images : visionnage de films avec débats. Mon premier souci était de créer une dynamique de groupe, un espace d’échanges et un lieu de parole. |
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©KYRNÉA International - Passeurs d'images - mai 2008 - www.passeursdimages.fr |