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5e Rencontres nationales Passeurs d’Images
LA PLACE DE L'IMAGE EN MILIEU PÉNITENCIAIRE
Cité européenne des Récollets, 19 décembre 2007

TÉLÉVISION ET PRISON

Ateliers de programmation en prison : Comment concevoir une programmation avec des personnes détenues ? Pour un canal interne ? Pour un atelier ?

Regards croisés sur les actions à la Maison d’arrêt de Strasbourg

Intervention de Marcelle Thil
Chef des services d’insertion et de probation, SPIP du Bas-Rhin, antenne de Strasbourg
Intervention de Regina de Almeida
réalisatrice

Introduction :

Anne Toussaint


Débat :

Marie-José Mondzain, Anne Toussaint, Marie-Pierre Duhamel-Muller


Marie-José Mondzain


Débat :

Jacques Boëls, Marie-Pierre Duhamel-Muller, Colombe Babinet, Caroline Caccavale, Anne Toussaint


Camille Dauvin


Antoine Poezevara


Jean-Marc Génuite


Marcelle Thil,
Regina de Almeida


Marc Le Piouff


Caroline Caccavale


Débat :

Jacques Boëls, Caroline Caccavale, Anne Toussaint, Jean-Marc Génuite


Kamel Regaya

Marcelle Thil : En tant que Chef de service d’insertion et de probation, j’ai sous ma responsabilité l’équipe des travailleurs sociaux de la maison d’arrêt de Strasbourg. Je voudrais rappeler que l’administration pénitentiaire place depuis les années 90 la personne incarcérée au cœur du système. Nous sommes donc dans la considération de la personne et du sujet. Ma mission est de mettre en place des outils avec une équipe pour que nous restions face à un sujet qui à un moment donné est passé à l’acte. Après ce passage à l’acte, il se trouve dans un lieu qui doit lui permettre de se questionner et, peut-être, de se transformer pour faire d’autres choix.

La maison d’arrêt de Strasbourg est un établissement avec une capacité de sept cents personnes incarcérées et une ampleur importante de propositions professionnelles et culturelles. À mon arrivée, je me posais la question de la communication de ces propositions aux personnes incarcérées. J’ai donc commencé à interroger les différents professionnels ainsi que les personnes incarcérées. J’en suis arrivée à étudier l’option du canal interne, qui existait quelques années auparavant et fonctionnait avec des professionnels. Il permettait de faire circuler l’information, de la diffuser, de transmettre et de parler de programmation. Je me suis donc tournée vers ma hiérarchie en proposant de faire revivre ce canal interne, voyant la nécessité d’un moyen de communication. En effet, si nous ne communiquions pas, nous ne pouvions pas sensibiliser les personnes incarcérées et le personnel sur ce qui se passe, nous risquions de tuer le sujet avant de le voir naître. Le canal interne avait donc existé, périclité et laissé finalement un souvenir assez négatif dans cet établissement. La question de le relancer posait la question de cet outil de communication, à partir de quand et comment cet outil allait permettre à la personne incarcérée de pouvoir être sujet ? De se questionner ? D’avoir un outil qui lui permette de se centrer sur sa propre histoire ? Mais aussi de devenir acteur, de s’approprier cet outil afin que le travail de l’image rencontre le travail de l’image de soi.

Lors d’un événement à Paris, le directeur départemental de nos services a rencontré la cinéaste Regina de Almeida, et s’est intéressé à des expériences menées dans d’autres établissements, comme celle d’Anne Toussaint. Il est important de dire aussi qu’au-delà des missions qui nous sont confiées, nous sommes toujours dans l’histoire d’une rencontre. Nous nous sommes donc rencontrées avec Regina de Almeida pour essayer de percevoir quelle pouvait être la commande du service pénitentiaire d’insertion et de probation. Comment cet outil de communication et l’image pouvaient avoir un rôle dans la réinsertion de la personne ? Nous avons ensuite réuni professionnels et partenaires pour les sensibiliser à cette question. Il en est ressorti qu’il fallait sensibiliser les acteurs sur le regard qu’ils avaient sur les choses. Le projet que nous avons imaginé sur Strasbourg était de mettre en place un atelier audiovisuel avec pour premier objectif de permettre aux personnes incarcérées de travailler sur l’image, de créer un groupe et d’imaginer, à partir de ce travail sur l’image, une programmation, proposée ensuite au sein de l’établissement. Le professionnel de l’image travaille sur l’image par la lecture de celle-ci. Ensuite par la transmission de cet apprentissage, il peut initier des débats et des étapes, la première étant la mise en place de l’atelier audiovisuel qui doit permettre l’initiation du fonctionnement du canal interne et l’appropriation de celui-ci par les détenus.
Mais cette appropriation doit être aussi le fait du personnel de la prison. Si le canal interne est un outil de communication, il doit l’être pour l’ensemble des acteurs, pour que la préparation à la sortie ait du sens. La capacité des participants à pouvoir lire l’image allait donc être une courroie de transmission pour mettre en place un outil de communication et, par la suite, de cet outil technique, passer à la notion de programmation et de réalisation.

Cet atelier part d’une rencontre, du souhait et de la volonté de l’administration pénitentiaire d’aller chercher dans les domaines de la culture des professionnels qui acceptent de franchir les murs et de travailler dans un endroit confiné qui pose de nombreuses contraintes. Parmi ces contraintes, il y a notamment celle de travailler à vue. Utiliser le savoir-faire de quelqu’un, d’un professionnel de la Culture, c’est aussi l’accompagner dans sa démarche. Là où l’administration pénitentiaire a un rôle à jouer, c’est qu’elle doit accompagner ces professionnels qui acceptent ces contraintes. Personne n’a l’ensemble des données, la première est l’administration pénitentiaire, la seconde est la rencontre avec un professionnel de l’image et la troisième donne est juridique. Elle va permettre au professionnel de l’image de rentrer dans la prison, d’être rémunéré, d’être considéré comme un salarié.
Il fallait ensuite travailler sur la notion de l’espace particulier qu’est la prison, auquel on ne s’habitue jamais, même au quotidien. Il était nécessaire d’accompagner Regina de Almeida vers tout le personnel, les partenaires, les personnes détenues, l’ambiance, l’architecture, le fonctionnement... Il y avait aussi pour moi la nécessité d’évaluer le positionnement de la personne, sa capacité à voir les choses, ce qu’elle pouvait retraduire, le regard qu’elle pouvait avoir sur ce qu’elle découvrait et comment elle allait l’utiliser. Car la convocation du regard chez la personne détenue implique aussi le regard de celui qui va programmer.

Sur Strasbourg, le projet est donc né en 2007, il faut du temps pour créer un groupe, pour que l’atelier s’installe et existe aux yeux de tous, pour que le projet se développe. Il me semble que tout projet qui se met en place dans la prison nécessite une communication simple et permanente entre tous les acteurs de terrain. Avec beaucoup de rigueur, l’intervenant doit être en capacité de laisser des traces de son travail, les détenus une trace de leur histoire, l’ensemble de l’établissement une trace d’un travail d’évolution et une vision du lendemain. Très rapidement, notre intervenante a eu la capacité d’inscrire les choses et de les communiquer. Au terme de cette année 2007, le bilan laisse donc apparaître la mise en place et le fonctionnement de l’atelier avec une capacité d’accueil d’une dizaine de personnes. L’objectif 2008 est d’aller vers la mise en route du canal interne, vers la programmation et ensuite la réalisation.

Regina de Almeida : Mon travail à la maison d’arrêt de Strasbourg répond à une commande de départ qui était celle de réhabiliter le canal interne. J’avais proposé que l’on commence à travailler sur l’analyse d’images : visionnage de films avec débats. Mon premier souci était de créer une dynamique de groupe, un espace d’échanges et un lieu de parole.
Pour cela, nous n’avions pas besoin de grand-chose : une salle et un équipement de visionnage. Donc, nous avons travaillé avec le réseau de l’Éducation nationale, qui possédait l’équipement et nous servait aussi de relais pour le recrutement  du groupe. Les films que nous visionnons sont de tous genres : fictions, documentaires, courts-métrages et même de la publicité. Le SPIP a été un soutien et a poussé la direction pour que les choses avancent. En moins de trois mois, nous avons pu avoir une salle aménagée et une unité complète de tournage, montage et visionnage. C’était très important car un lieu est nécessaire. Les participants peuvent s’y investir et avoir un espace à part dans la prison : pouvoir mettre des affiches au mur, avoir de quoi faire un café, etc.
Aujourd’hui, le groupe qui s’est formé va passer à l’étape de fabrication d’images.
Nous avons commencé à programmer des films à partir de catalogues. Notre objectif était d’avoir cette étape d’environ 6 mois d’analyse filmique avant de passer à la fabrication d’images. Il s’agissait de développer un certain regard sur les images filmées et aussi pouvoir maîtriser un minimum de technique pour ensuite réaliser des reportages simples sur ce qui se passe dans la maison d’arrêt et, finalement, les diffuser sur le canal interne.
Ce que nous souhaitons aussi, c’est pouvoir inviter régulièrement des réalisateurs de la région pour nous présenter leurs films.
Enfin, pour une question de visibilité nous avons proposé que l’atelier puisse être visité par différents services de la Maison d’arrêt. Nous avons commencé par l’Education Nationale puisque c’était notre partenaire de départ. Les prochains groupes seront les travailleurs sociaux, les services médicaux, les juges d’application des peines… Ce sont les participants au groupe qui font la présentation.
Mon rôle est vraiment celui d’accompagnatrice : l’atelier, c’est eux. Les décisions sont prises ensemble et ils en ont la maîtrise.

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©KYRNÉA International - Passeurs d'images - mai 2008 - www.passeursdimages.fr